Hysteria
Après une rupture, retourner vivre chez ses grands-parents peut sembler une solution de repli rassurante. Pour Garance, le manoir familial de la Roselière se révèle surtout le théâtre de rituels obscurs et de secrets enfouis depuis des générations. Le repli tourne au piège.
Garance et son amie Caroline partagent une passion : réaliser des courts-métrages d'horreur. Repérées dans un festival amateur par une productrice, les deux jeunes femmes se lancent avec enthousiasme dans un nouveau projet, une histoire de chasse aux sorcières en Alsace. Mais quand Garance se sépare de son compagnon et se retrouve sans logement, elle finit par renouer avec ses grands-parents, propriétaires d'un vieux manoir. Ce retour aux sources, présenté comme provisoire, va faire ressurgir d'inquiétantes réalités familiales.
Toute la force du récit tient dans ce glissement progressif. Ce qui commence comme une chronique du quotidien, entre projets artistiques, vie de couple et recherche d'appartement, bascule peu à peu dans le fantastique. La frontière entre la fiction que Garance écrit et sa propre existence s'estompe, à mesure que la demeure familiale dévoile ses cérémonies énigmatiques et ses croyances héritées d'un lointain passé de sorcellerie. L'emprise se resserre, le cauchemar prend corps.
Derrière cette intrigue, Élisabeth Holleville tisse des thèmes bien plus profonds qu'un simple récit d'épouvante. La pression sociale qui pousse les femmes vers la maternité, le poids de l'héritage et des traditions, l'affirmation de soi face à une société patriarcale dont les femmes se font parfois elles-mêmes les relais : autant de questionnements qui affleurent sous le vernis horrifique, sans jamais alourdir le propos.
Le tout est porté par une mise en scène graphique remarquable. Découpé en quatre chapitres épousant les quatre saisons d'une année pas comme les autres, l'album joue sur l'alternance du noir et blanc et de la couleur pour souligner les ruptures de ton, et donne une présence quasi vivante aux lieux, du manoir oppressant à l'appartement hanté de cauchemars. Une œuvre qui confirme Élisabeth Holleville, déjà remarquée avec Immonde !, comme l'une des rares voix de l'horreur contemporaine en bande dessinée.
Infos pratiques
- Bande dessinée
- De Élisabeth Holleville
- Édité par Glénat, dans la collection 1000 feuilles – 256 pages – 25€
- Site internet : glenat.com

